L'oeuvre de Tony Garnier

Grand architecte lyonnais, Tony Garnier a marqué l'architecture de sa ville.

Avant Le Corbusier, qui reconnaîtra plusieurs fois sa dette envers son aîné, Tony Garnier imagine une cité fonctionnelle, avec séparation et hiérarchisation des voies de circulation (cheminements piétonniers, axes routiers) et des fonctions (locaux industriels, lieux d'habitation), intégration de la nature dans l'urbanisme, vision prospective de l'extension de la cité, recherches sur la lumière... Une autre caractéristique de cette architecture dépouillée, audacieuse, est de faire appel au béton armé, traité comme un matériau noble.

Nourri des oeuvres de Zola et des idées progressistes et humanistes de son temps, Garnier est convaincu que l'architecture peut et doit faire le bonheur des hommes, qu'elle a le pouvoir d'exalter les vertus de la société et d'étouffer ses vices et perversions. Le spectacle de la guerre de 1914-18 brisera chez lui, comme chez beaucoup d'idéalistes, ce bel élan utopiste. Et l'indifférence ou l'incompréhension, de ses contemporains lui feront définitivement ranger dans ses cartons en 1917, le projet qui l'a si longtemps habité. Par la suite, au gré de ses travaux, il expérimentera, de manière toujours fractionnelle, tel ou tel élément de sa cité idéale, mais sans pouvoir matérialiser la cohérence de sa vision.

A l'issue des grands chantiers entrepris avant la guerre - marché aux bestiaux de La Mouche (dont subsiste l'immense Halle Tony Garnier, avec sa structure sans poteau unique en Europe par ses dimensions), hôpital pavillonnaire de Grange-Blanche (aujourd'hui hôpital Edouard-Herriot), stade de Gerland -, Tony Garnier ne signera plus à Lyon qu'une réalisation d'envergure : le quartier des Etats-Unis (1919-1934). Et encore, malgré le soutien constant du maire de Lyon, Edouard Herriot, cette oeuvre ambitieuse sera-t-elle relativement éloignée de son projet initial.

Il y aura bien encore le central téléphonique Vaudrey (1919-1927), l'Ecole de tissage de la Croix-Rousse (1927-1933), le stade nautique de Gerland (1928-1929) et un certain nombre de réalisations industrielles ou institutionnelles hors de Lyon, comme l'Hôtel de Ville de Boulogne-Billancourt, mais, dans les années 1920, l'inspiration de Tony Garnier a soudain pris un tour funèbre. Il dessine le monument aux morts de l'île aux cygnes, dans le parc de la Tête-d'Or (1920-1930), celui de Montplaisir (1924), d'autres monuments commémoratifs, des tombes, tout en imaginant, à sa table de travail, des cités fantastiques et heureuses...
A la fin de sa carrière, entre deux projets futuristes (notamment une "Cité céleste"), il renoue avec des références antiques et méditerranéennes. C'est d'ailleurs au bord de la méditerranée, à La Bédoule, qu'il se retire et achève discrètement sa vie, en 1948.

Une reconnaissance internationale dans les cercles d'initiés

Honoré par des académies étrangères (Grande-Bretagne, Union Sovétique, Uruguay, Etats-Unis...), auteur en 1925 du pavillon de Lyon et de Saint-Etienne à l'exposition des Arts décoratifs, salué comme un précurseur par beaucoup de ses confrères, sujet d'une rétrospective au centre Pompidou en 1990, Tony Garnier reste un inconnu célèbre, même s'il a sa rue à Lyon et si l'une de ses réalisations majeures, la grande halle de marché devenue lieu d'expositions et de spectacles, porte désormais son nom. Car nul doute qu'il aurait pu acquérir de son vivant une plus grande notoriété internationale, en jouant le jeu de la communication, en multipliant articles, entretiens et ouvrages théoriques. Thony Garnier ne l'a pas fait. Par humilité ou par indifférence ?